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Dans un Fab Lab près de chez vous

 

Un Fab Lab, c’est un atelier de fabrication qui met à la disposition de ses utilisateurs des machines-outils pilotées par ordinateurs, des outils traditionnels et le savoir-faire nécessaire pour les accompagner dans l’élaboration de leurs projets. Au cœur du Fab Lab, on y trouve le créateur, l’artiste, le bidouilleur ou le citoyen qui utilise cet espace mis en commun pour satisfaire un besoin ou un désir de créer. 

Mis au point par le professeur Neil Gershenfeld du Center for Bits and Atomsau MIT, le Fab Lab se veut un outil de démocratisation de la production qui va au-delà du simple atelier. On y trouve en effet des outils révolutionnaires tels que des imprimantes 3D qui permettent de produire des objets solides en imprimant entre autres de fines couches de plastique sur une surface. On peut ainsi rapidement fabriquer un objet conceptualisé dans un logiciel de conception assistée par ordinateur (CAO). En plus de ces imprimantes dernier cri, les Fab Labs sont munis de fraiseuses permettant d’engraver divers matériaux, de découpeuses laser permettant un découpage extrêmement précis de pièces et d’équipement électronique pour fabriquer des circuits électroniques pouvant être utilisé pour réparer un appareil ou encore créer un robot. Or, par le biais de ces outils et d’un partage de la connaissance, les Fab Labs visent à ouvrir les portes de la production d’objets au public comme l’Internet a démocratisé le journalisme, les communications et le monde de la publication.

Cette démarche, qui s’inscrit dans le mouvement de plus en plus populaire du « faites-le vous-même » ou D-I-Y (Do it Yourself), est maintenant à nos portes et il y a fort à parier que notre monde en sera profondément bouleversé. Ce mouvement qui connait un essor un peu partout autour de la planète pourrait permettre aux citoyens de s’approprier les moyens de fabrication d’objets, d’accroitre leurs connaissances du monde numérique et physique et de sortir des schémas de consommation traditionnels.

Le changement technologique comme vecteur de changement social

Les développements en horlogerie au cours des siècles derniers ont eu un impact important sur notre conception du temps. De la même façon, l’évolution de l’imprimerie, des presses de Gutenberg jusqu’à l’impression laser, a révolutionné la manière dont nous avons transmis et partagés l’information. Si les presses d’imprimerie sont de formidables outils de fabrication de masse servant à reproduire un nombre élevé de livre, d’affiches ou de dépliants, il faudra attendre l’arrivée des imprimantes à jet d’encre pour réaliser le potentiel de l’impression personnelle et de la démocratisation de l’impression.

On remarque une évolution similaire relativement à l’ordinateur. Les premières machines à calculer mécaniques étaient très limitées et dépendaient des connaissances avancées de l’utilisateur. Puis vinrent les premiers ordinateurs, des mastodontes qui se trouvaient uniquement dans certaines entreprises, universités et administrations publiques et qui nécessitaient une connaissance technique très approfondie. L’apparition des ordinateurs personnels (PC) au début des années 1980 a permis à ceux-ci d’entrer dans nos foyers et aujourd’hui nous transportons des ordinateurs de plus en plus puissants dans nos poches.

L’évolution technologique des ordinateurs personnels et de leurs périphériques a rendu possible une délocalisation du travail. De plus en plus de gens choisissent de travailler depuis leur domicile, dans un café, dans un espace de coworking (co-travail) ou sur la route. Par exemple, Moby, célèbre musicien, a récemment diffusé un album sur son site internet qui a été entièrement réalisé et enregistré dans les chambres d’hôtel lors de sa précédente tournée. Il y a seulement quelques années, enregistrer un album professionnellement dans un endroit autre qu’un studio dédié aurait été impensable. Cette ère nouvelle nous amène à réfléchir à la redéfinition des espaces de travail et de création et nous poussent à revisiter la manière dont nous produisons les objets avec lesquels nous interagissons.

Parallèlement à ce phénomène, les processus de fabrication connaissent une (r)évolution similaire à celle qui a marqué les technologies de l’information. Les Fab Labs proposent aujourd’hui une approche communautaire à la fabrication. Grâce à son union du savoir-faire et des outils de fabrication numérique, ils rendent accessibles aux communautés et aux individus les moyens de fabrication d’objets qui étaient autrefois réservés aux mondes corporatifs et industriels. Les Fab Labs sont aussi des lieux de diffusion de la connaissance qui sont axés autour du savoir collectif et qui misent sur le partage. En effet, la charte des Fab Labs stipule que les concepts et les processus qui y sont développés doivent demeurer disponibles pour un usage individuel même si la propriété intellectuelle peut être protégée. On peut ainsi parler de connaissance ouverte qui est partagée et diffusée dans la communauté.

Glocalement

On peut sans doute affirmer que le futur sera pensé de façon glocal. Hybridation du global et du local, le glocal est une conceptualisation nouvelle des espaces où les lieux locaux sont intégrés dans un écosystème global. Il s’agit de tirer profit des ressources à notre disposition localement en exploitant le savoir-faire et les réseaux internationaux.

Les moyens de fabrication personnels et communautaires ont le potentiel de déménager la production d’objets à l’échelle humaine. Par exemple, on peut imaginer que la mise sur pied d’un Fab Lab dans un village éloigné du Nord canadien permettrait de fabriquer à faible cout des pièces nécessaires à la maintenance des infrastructures de façon beaucoup plus rapide que si les pièces étaient acheminées depuis le Sud à travers une chaine d’approvisionnement traditionnelle. La fabrication numérique communautaire permet aussi d’adapter la fabrication au milieu, en s’intégrant à la chaine de recyclage et en utilisant les ressources disponibles localement. Enfin, elle adapte la production aux besoins et aux désirs des membres de la communauté sans avoir à dépendre des pouvoirs centralisateurs, qu’ils soient politiques ou commerciaux. Ainsi, un lieu de fabrication ancré dans une communauté permet de générer un environnement créatif qui répond aux besoins de celle-ci et encourage le développement économique local en permettant aux utilisateurs de développer un savoir-faire et de nouvelles techniques qui peuvent par la suite être utilisés pour mettre sur pied une petite entreprise ou encore contribuer au développement culturel.

Ce type de fabrication locale n’est pas cloisonnée des réseaux de distribution internationaux et globalisés. Grâce à l’évolution des réseaux de communication, on a vu apparaitre de nouvelles plateformes de distribution qui encouragent la diffusion de la création. Ceux-ci permettent aux artistes, concepteurs et producteurs de distribuer leurs produits et de s’approvisionner en matières premières qui étaient auparavant difficiles à trouver localement. Le site Etsy.com, par exemple, permet à des milliers d’artistes de diffuser leurs créations, peu importe le lieu de conception. L’évolution de la réalité augmentée, qui permet de superposer des éléments virtuels au monde physique risque de changer notre définition de la galerie d’art et du musée. Il importe donc d’intégrer les futurs modes de fabrication locale avec les réseaux de distribution globaux pour stimuler leur croissance respective.

L’aspect glocal des Fab Labs remet aussi en question les structures existantes, en particulier l’utilisation d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur, qui deviennent de plus en plus désuètes. On peut penser au déclin de l’industrie musicale comme un exemple de restructuration de ces réseaux. De plus en plus d’artistes distribuent eux-mêmes leur musique par le biais de l’Internet sans l’intermédiaire d’une maison de disque. Si l’industrie décline, la consommation du produit elle continue de progresser. On peut donc envisager une évolution semblable dans le domaine de la fabrication personnelle qui découlera de l’implantation des Fab Labs et de la diffusion des outils de fabrication personnels.

Accès aux technologies et autonomisation 

Le but avoué des Fab Labs va bien au-delà de la simple production d’objet ou des changements sociaux. Avant tout les Fab Labs visent à apporter aux individus et aux communautés les connaissances nécessaires à la prise en main de notre avenir collectif. En transférant les activités de fabrication et de création au cœur des communautés, ses membres peuvent acquérir la maitrise des outils et diffuser les connaissances nécessaires à leur propre autonomisation. L’objectif de démocratisation technologique des Fab Labs vise aussi à accroitre l’accès aux technologies de fabrication pour favoriser la création. Cette accès aux nouveaux modes de fabrication ainsi que le partage de connaissance qui s’y greffe a le potentiel de révolutionner l’incubation d’entreprises, de favoriser le développement technique, scientifique, artistique et culturel et de changer la façon dont nous envisageons nos rapports sociaux.

Cet optimisme par rapport aux changements qui surviennent dans nos sociétés est hérité des visionnaires qui ont rêvé les réseaux de communication dont nous disposons aujourd’hui. Bien que les Fab Labs en soient à leurs balbutiements, ces lieux attirent néanmoins de nombreux pionniers de la création numérique qui mettent en commun leur savoir-faire et leurs idées, convaincus qu’une nouvelle révolution est à nos portes.

Références

Le site de Fablabs-Québec : http://fablabs-quebec.org/

Le site de l’atelier échoFab : prototype de Fab Lab de quartier : http://www.echofab.org/

Les fab labs, incubateurs de futur : OWNI présente une série d’entrevues avec des intervenants gravitant autour des fab labslors du FabLab Toulouse Conference // http://owni.fr/2011/10/22/les-fab-labs-incubateurs-de-futur/

La charte des Fab labs  //http://fablab.fr/projects/project/charte-des-fab-labs/

La révolution du « Faire soi même » Un texte de Jean-Michel Cornu sur la transformation du monde physique par le numérique, ses acteurs et ses lieux.  // http://fing.org/?Quelque-chose-se-passe-du-cote-de#ancre1

In the Next Industrial Revolution, Atoms Are the New Bits(Anglais seulement) : un texte de Chris Anderson sur les changements a venir dans les modes de production // http://www.wired.com/magazine/2010/01/ff_newrevolution/all/1

 


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